24.11.16

Fuck mon livre

[ Lancement du livre Fuck le monde :
1. À Québec, jeudi 24 novembre, 5 à 7, Le Bal du Lézard
2. À Montréal, vendredi 25 novembre, 5 à 7, La flèche rouge ]


On recevait ce soir là des professeurs d’université à souper, des collègues de ma blonde, elle-même post-doctorante. Pour ceux qui attendent encore quelque chose du système universitaire, ce genre d’exercice est hautement délicat ; il faut, tout en gardant une ambiance décontractée, continuer de faire bonne impression à l’intérieur même de son espace domestique. Peut-être pour signifier qu’en dépit de ma qualité de professeur de cégep, j’étais également habité d’une forme de vie intellectuelle, ma blonde a lancé, entre deux services :
- Mon chum est essayiste.
Bon sang, j’étais rouge de honte. Il n’y a pas de mot de la langue française pour décrire la face qu’ils ont fait… peut-être parce qu’ils n’ont pas fait de face. La demi-seconde de silence qui a suivi m’a plutôt laissé un temps interminable pour accumuler tout un faisceau de projections sur leurs visages intensément neutres. Si je devais traduire leur expression, ce serait un mélange des sentiments et questionnements suivants :
1) S’il est essayiste, pourquoi n’avons-nous jamais lu de ses essais?
2) S’il est essayiste, pourquoi fait-il cela, et pourquoi en parler?
J’ignore ce que peut bien évoquer le terme « d’essayiste » chez des non-littéraires, mais il imprime dans mon esprit une image très nette, celle d’André Belleau. Pas ses textes, mais plutôt sa face, comme on peut la voir sur la couverture décatie d’un vieux numéro de Liberté. Un monsieur avec des grosses lunettes, elles aussi d’une autre époque, des poils faciaux qui pourraient être une barbe, un épais veston de tweed brun – la photo est en noir et blanc, mais on sent que c’est brun – et, c’est vraiment le plus beau, une cravate. Avec une telle manière de se présenter, l’étudiant en littérature – personne d’autre ne lira ça – est plein d’appréhension et, plus tard, d‘incompréhension. Ce monsieur, qui ne semble manifestement pas sortir souvent de sa faculté, va-t-il vraiment nous parler du « monde » ?

Si on devait mesurer, en termes d’attrait, de prestige, ou même de potentiels revenus les différentes vocations d’écrivain et qu’on les classait par genres littéraires, on arriverait sans se tromper à ceci :
1) romancier
2) dramaturge
3) poète
4) essayiste
On pourrait argumenter sur les places respectives des positions deux et trois, mais certainement pas sur les première et dernière places. En fait, si on devait intégrer à cette liste des genres littéraires mineurs ou en voie de légitimité, nul doute qu’ils viendraient spontanément s’intercaler quelque part avant la fin : nouvelliste, chansonnier, bédéiste, conteur, biographe, épistolier, fabuliste, crieur public, toutes les avenues sont bonnes pour l’aspirant écrivain, sauf l’essai. En fait, la seule chose plus vile qu’un essayiste, c’est probablement un blogueur.

Ce livre est un recueil d’essais parus sur des blogs.

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Les premiers sont en fait parus dans La Conspiration dépressionniste, une revue « autrement plus modeste dans ses moyens que dans ses prétentions », créée en 2003. J’étais alors imbibé de littérature surréaliste et situationniste, deux groupes très fortement influencés par Lautréamont, qui stipulait lui-même que « le plagiat est nécessaire, le progrès l’implique. » Ne voulant laisser en plan de si grandes idées, je me suis essayé moi-même à la réécriture et au détournement. Le lecteur éclairé trouvera ainsi un peu de Debord dans le texte sur Sodexho, et beaucoup de Césaire dans celui sur l’endettement étudiant.

C’est à cette époque que, apprenant ma participation dans un parti politique fédéral alors de gauche, et y trouvant là quelque paradoxe avec les positions beaucoup plus radicales exprimées dans la consdep, un lecteur crût bon de nous écrire ceci :

je ne puis que conclure, en toute logique et sans trop d'efforts, que votre camarade *** (je tais son nom, par respect pour les amis et la famille) mène une double vie, ou, plus exactement, qu'il aime à se travestir, revêtant, pour ainsi dire, le jour sa colorée chemise de néo-démocrate et, la nuit, son sombre tricot de littérateur anar tendance anything goes.

On ne s’ennuyait jamais.

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Le deuxième segment rassemble des textes parus sur un blog confidentiel, 1924, postérieur à mon aventure dépressionniste. C’est alors que j’ai commencé à parler de moi, puisque personne n’écoutait ni ne m’écrivait, et à nourrir mes essais de ma vie, proprement passionnante.

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La troisième et dernière partie réunit les textes parus sur le blog Fuck le monde. Certains d’entre eux ont connu une circulation étonnante grâce à ce qu’on appelle les réseaux sociaux et furent plutôt bien reçus, à l’exception notable des fans de la Nordique nation et des restaurateurs. N’appréciant que modérément une telle attention, j’annonce dès maintenant mon intention de le fermer au plus tard le 1er juillet 2017, question de redire, une dernière fois, Fuck le Canada.

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Table des matières
  1. « Sauvez-vous! », par Catherine Dorion
  2. Fuck mon livre
La consdep
  1. Une visite au Wal-Mart
  2. La propagande par le fait
  3. L’incomparable Sodexho
  4. Sur l’économie étudiante. Du dégel et des prêts
  5. Anti-lieux communs
  6. Introduction à la guerre culturelle
  7. Poétique du boulevard Hamel
  8. Ex nihilo, nihil fit. Sur Génération d'Idées
1924
  1. 12, MacWilliams
  2. Une chose qui pue
  3. Avec les hommages de l'auteur
  4. Requiem pour une façade
  5. Déjeuner en paix
  6. L'ennemi du peuple
  7. Wade Belak et la crise du goon
  8. La comparaison
  9. Bea
Fuck le monde
  1. Fuck you Gestion Immobilière JMG
  2. Fuck les 343 nazes
  3. Fuck le débat sur la charte
  4. Fuck l'automobile
  5. Fuck l'amphithéâtre
  6. Fuck l'austérité
  7. Fuck ce spécial gars, Ricardo
  8. Fuck le Québec inc.
  9. Fuck ta Saint-Jean, Régis
  10. Fuck les restaurants
  11. Fuck La Presse